" Si ça se trouve, j’avais marqué contre mon camp "

Article publié le 25 juillet 2012

21h20, embarquement. Avec presque une heure de retard sur le programme. Le temps est hémophile, Direction Ebange, le village rattaché à Florange deux siècles plus tôt. Le mariage des frères ennemis. " C’est pas d’ma faute si j’ai vingt ans." Devant l’église construite en 1942, un homme porte un béret et une canne. Il parle " d’entraîneurs allemands ", qui l’ont enrôlé lui et ses amis, " dans la Grande équipe d’Allemagne ! Six mois plus tard, ils m’envoient jouer en Pologne. Puis j’ai eu droit à mon championnat d’Europe ! On ne comprenait pas les règles du jeu. Si ça se trouve, j’avais marqué contre mon camp ! Ce que je sais, c’est que j’ai gagné la partie, parce que je suis toujours en vie." Malgré moi. "

Silence recueilli. La fine voix d’une dame âgée s’adresse à son voisin : "C’est tout à fait l’histoire de popol ! C’est très bien. " Paul Dehalt habite de l’autre côté de la rue. Madeleine le connaît bien, comme l’Histoire de Florange que sa famille habite depuis 1800. Mais ce soir, elle a encore appris. 21h45, la promenade dans les siècles touche à sa fin. Encore un bal, celui de Florange où quelques Ebange’’ décident de se rendre en dépit des animosités. Et l’on apprend qu’à l’époque, tout Ebangeois qui se respecte refuserait l’eau d’un " Florange’’, même s’il y avait le feu. La route du retour passe sous les Grands bureaux d’ArcelorMittal, ses 11 étages, ses 1150 petits bureaux climatisés. Une révolution à l’époque. Puis on atterrit en douceur avec une chanson interprétée par Guido, " dans un décor gris Lorraine. Le poing levé et debout. "

Par Justine DEMADE PELLORCE Journaliste de la Semaine

Extrait de l’article paru le21 juin dans l’hebdomadaire La Semaine n° 377 à Metz

Photo : Gérard FLAMME