Remonter les heures sombres

Article publié le 19 juillet 2012
20h40, la fanfare municipale entonne la Marche lorraine. Une dame passe la tête par la fenêtre de sa maison verte aux volets de bois. Intriguée, elle assiste au spectacle. " C’est par cet axe que les Américains entreront dans Florange, le 11 septembre 1944 ", anticipe Monsieur Stéphane. Car il reste quelques heures sombres à remonter. Passage par le kiosque à musique où une chorale appelle " Aux urnes, citoyensˆ" sur l’air de la Marseillaiseˆ ; rappelle " La belle ville de Florange, a mis son à‰bange à l’envers " sur l’air du roi Dagobert. Le premier texte date de 1933, l’autre a été écrit par des élèves de la ville. D’autres textes encore qui font dresser les poils des bras. Mais il ne faut pas tout dire¦ Aux fenêtres, les gens tendent l’oreille. Des badauds s’arrêtent.
En pénétrant dans la médiathèque de Florange, on tombe sur un homme attablé. Seul, il a l’air grave. " Mais, vous vous multipliezˆ !ˆ", lance Monsieur Stéphane en regroupant les voyageurs du soir. Des enfants composent maintenant le groupe, il n’y en avait pas au départ. Sous l’image noir et blanc de la Grand Rue de Florange, l’attablé raconte. Les mots sont douloureux, peinent à sortir puis se déversent soudainement. " La Grand Rue, on la nommait Adolf Hitler Strasse. Qu’on s’en souvienne pour dire non.ˆ" L’assistance reste interdite. Et le guide d’ajouter d’autres noms à la liste noire. " ça fait mal, heinˆ ?ˆ", interroge-t-il sans attendre de réponse.
Par Justine DEMADE PELLORCE ¢ Journaliste de la Semaine
Extrait de l’article paru le21 juin dans l’hebdomadaire La Semaine n° 377 à Metz
Photos : Gérard FLAMME